Perito Moreno : la crème des glaciers

De El Chalten à Cancha Carrera (Argentine), via El Calafate et le Perito Moreno, du 13 au 24 avril

Après une ultime excellente soirée dans la famille de Flor’ et Mario, nos hôtes en or à El Chalten,

nous finissons par mettre les voiles en direction de El Calafate pour aller voir d’un peu plus près une autre merveille renommée : le Perito Moreno. Le temps maussade laisse petit à petit place au soleil et au ciel bleu. On a retrouvé la pampa monotone qu’on affectionne tant :-( mais avec le Lago Viedma sur notre droite et la chaîne des Andes qui se profile derrière nous, le spectacle est fort joli… Les bivouacs le long de la route, encerclés par les barbelés, le sont beaucoup moins. Mais heureusement, comme toujours en Patagonie, les levers et couchers de soleil offrent des spectacles dont on ne se lasse pas…

C’est un brin sceptiques sur la réelle valeur ajoutée du Perito Moreno dans la shortlist des  « glaciers flottants » que nous avons déjà pu apprécier ces derniers temps, que nous décidons d’aller lever le doute, histoire de ne pas passer à côté de quelque chose de majeur, des fois que…
Un petit détail retient toutefois notre attention : le prix de l’entrée (compter 130 pesos par personne pour les étrangers, alors que le prix pour les Argentins est de 50 pesos, gggrrr !!!), sans compter le transport (140 pesos aller-retour en bus). Huummm ça sent le piège à touristes !

Flo qui a besoin d’un peu de repos (suite à l’enchaînement Carretera Austral et treks dans le Parc des Glaciers…) ira admirer le Perito Moreno en stop, avec Matt, l’ami anglais rencontré dans la maison de Analia où nous logeons (CouchSurfing). En stop avec des Argentins, ce qui signifie, accessoirement, pouvoir payer le prix argentin. :-)

Naturellement, Juan (le copain espagnol cyclo-voyageur rencontré au pied du Fitz Roy) et Franck iront en vélo. Pour des raisons économiques, écologiques, ludiques et pudiques. Fous furieux jusqu’au bout. ;-)

Encore naïfs sur le climat particulier de la zone, nous plantons la tente le premier jour à 30 km du but et 5 de l’entrée du Parc National Los Glaciares, dans une zone de pampa, bien encerclée de montagnes, après une approche ventée d’une cinquantaine de kilomètres. Les condors veillent sur nous, le vent éloigne les nuages et des arcs-en-ciel nous font nous sentir comme au pays des bisounours ! C’est décidé, nous laisserons le camp monté, sur les flancs d’une doline nous cachant de la civilisation sauf des moutons, guanacos et autres visiteurs habituels ayant le pass.

L’amigo Ianis nous accompagne gaiement pour l’occasion. Quelques petites gouttes venant se heurter sur le double toit de la tente Marmot flambant neuve de Juan, plus épaisse et résistante que la notre fort heureusement, éveillent notre curiosité après le dîner. Est-ce encore la faute du Breton ? ;-) Petit à petit, c’est un véritable déluge qui se met en place. Si bien qu’à 4h du matin, quand sonne le réveil, nous avons deux bonnes raisons de nous rendormir : le manque de sommeil dû au vacarme des gouttes sur la tente toute la nuit, et l’envie de ne pas passer 5 ou 6 heures consécutives sous la pluie dans ce froid de canard !
Un plan B est vite élaboré quand nous nous rendons compte de la supercherie à 9h30 du matin : un soleil radieux donne l’ordre aux nuages de prendre la tangente, comme par magie. Nous irons arpenter les environs du lac Roca pour ne pas trop avoir les boules d’être restés sur la béquille un jour aussi beau.

En prenant de la hauteur, la vue sur les glaciers et les bras des différents lacs nous fait passer un agréable moment. Quel bonheur de rouler en VTT léger, sans la remorque !

On s’autorise un chouette single-track en aller-retour, et un pique-nique panoramique.

De retour à la tente, 16 condors montaient la garde pour nous en cette fin d’après-midi. Rebelotte le lendemain. Re-petits yeux au réveil à 4h30 du matin. Cette fois il pleut un poil moins. Ça ne vas pas durer… :-(  Nous éteignons provisoirement la frontale au passage de l’entrée du Parc à 5h55 pour ne pas éveiller les chiens ou les guarda-parques insomniaques, puis nageons euh pardon pédalons jusqu’à 3 km du but, nous planquons dans un fourré le temps que le jour se lève et que passent les premiers employés chargés de la buvette, puis arrivons avec les premiers bus, comme si de rien n’était, trempés jusqu’à la moelle mais avec la satisfaction du devoir accompli. Pas d’autres cyclistes à l’horizon, rien d’étonnant, tout semble fait ici pour que les gens soient obligés de payer ce bus au prix astronomique.

Le choc est puissant quand nous découvrons le front du glacier mais surtout sa couleur bleue envoûtante ! Une couleur due à un manque d’exposition à l’oxygène des entrailles. El Perito Moreno dans toute sa splendeur ! 6 km de front, 170 mètres de hauteur (dont 100 mètres immergés) et 30 km de long ! Le glacier est l’un des trois seuls de Patagonie qui n’est pas en régression. Alimenté en amont par 4 glaciers qui se rejoignent, il avance d’environ deux mètres par jour soit environ 700 mètres par an; tandis qu’à certains endroits son épaisseur atteint 700 mètres !

Les premiers craquements se font entendre, le fracas des blocs de glace se détachant de la masse principale est incessant. La bête est éveillée, elle rugit. Peut-être nous appelle-t-elle ? Un vaste système de passerelles, aussi bien pour s’approcher du monstre sans glisser sur les moraines que pour drainer le flux immense de touristes, a été habilement mis en place par le Parc. Cela nous permet de multiplier les points de vue, et de loucher sur les entrailles de ce qui, sans discussion possible, nous semble être le plus beau glacier jamais approché.

La lumière est particulière, l’arc-en-ciel nous a suivi et tente de vendre la mèche, un épais nuage noir nous sauve puis nous inonde… Mouillés pour mouillés, on met le pare-soleil sur le zoom et profite des passerelles vides, avant que de jolis rayons de soleil viennent tels des lasers chirurgicaux, balayer la zone, mettant en valeur un tas de détails intéressants.

On pourrait rester toute la journée avec le même cadrage, comme ces Japonais avec leur zooms plus grands qu’eux, sans avoir deux fois la même photo. La lumière de Patagonie a définitivement quelque chose d’unique !

Finalement, nous retrouverons notre camp intact, emprunts d’une sensation étrange d’avoir vraiment pris du plaisir dans un endroit aussi touristique, hors saison certes…

Après ce magnifique spectacle offert par Dame Nature, au lieu de 2 jours initialement prévus, c’est quasiment une semaine que nous passons chez Ana et sa fille Valentina, en compagnie de Tomomi et Yoko, 2 Japonaises excentriques qui nous font trop rire et qui nous régalent de cuisine jap’, Matt l’Anglais également voyageur à vélo (voir son blog), et Dan l’Australien, mochilero venant de troquer son sac à dos contre un vélo pour continuer avec Matt vers le nord. Les journées passent, on prend du bon temps, et on ne se laisse pas abattre…

On finit quand même par se remettre en selle, avec 10 jours de nourriture dans la remorque puisqu’on va aller directement faire le trek aux Torres del Paine sans passer auparavant par Puerto Natales (trop au sud), où on aurait pu faire un ravito. Autant dire qu’on n’avait pas roulé aussi chargés depuis le sud-Lipez en Bolivie ! Le petit col à la sortie de Calafate, à seulement 800 m d’altitude et en pente douce, nous scotche comme des bleus…

Cuesta Miguez, Tapi Aike, les kilomètres menant à la frontière sont parfois lassants (pampa pampa !) mais on a de joyeux et sympathiques compagnons : des ñandus (autruches andines) qui font la course avec nous, des guanacos, des renards, des lièvres, des oies sauvages, pas mal d’oiseaux…

A Cancha Carrera, nous passons le poste frontière argentin. En route pour de nouvelles aventures côté chilien. Mode furtif et incognito enclenché, le Parc des Torres del Paine nous attend…


2 Responses to “Perito Moreno : la crème des glaciers”

  1. Juan Sisto 16/06/2013 19:28 #

    Que buena historia!!! mereció la pena esa pequeña aventura para disfrutar de la bestia azul y blanca! magníficas las fotos!!

  2. Denise Fillion 16/06/2013 18:52 #

    Salut les copains! Incroyables encore une fois tes photos Frank: National Geographic peut aller se rhabiller! Non, mais c’est incroyable ce glacier! Vous me faites voyager bien assise devant mon ordi! À plus! :)

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