Zigzags z’andins Acte III : Paso del Agua Negra, du pinard chilien au pinard argentin

De La Serena (Chili) à Mendoza (Argentine) via le Paso del Agua Negra, du 04 au 15 janvier

Le Paso quasi inconnu (même des douaniers locaux !) de Pircas Negras, du Chili vers l’Argentine, est hélas fermé à la circulation. Dommage car il s’enchaînait parfaitement après le Paso San Francisco à travers le sublimissime parc Tres Cruces. En fait, on présume qu’il soit ouvert mais sans douaniers… et sans notre tampon de sortie du Chili, on pourrait le passer mais serait alors illégaux en Argentine. Pas d’autre option donc que de redescendre au pays des mouettes depuis le Paso San Francisco pour ensuite revenir au pays des condors par le col suivant : le Paso del Agua Negra ! On s’en doutait un peu et avons pris le risque sciemment de débarquer quand même par le Paso San Francisco car on pressentait bien qu’il serait un des endroits les plus beaux et sauvages de toute notre aventure !

Le 4 janvier, après avoir fait un saut en stop à la plage pour re-goûter aux joies du Pacifique après plus de 8 mois dans  les montagnes, ici à Bahia Inglesa,

on quitte la cote chilienne et nos copains de Copiapo, Oscar et  Mora, pour un ultime grand col andin.

Anecdote marrante, en terme de dénivelée positive, c’est comme si on s’attaquait au Mont-Blanc en partant de la mer !

La Serena nous surprend très agréablement, car au-delà d’une station balnéaire en vogue, c’est aussi une belle ville qui laisse transparaître un glorieux passé à travers le style néo-classique de ses constructions. Un peu imposantes, certes, sans bois comme le style colonial qu’on adore… mais colorées et avec du charme, donc on apprécie à sa juste valeur !

Il doit sûrement faire bon vivre ici, même si à l’heure du déjeuner, et en pleines vacances scolaires, on a l’impression d’être une ouvrière dans la fourmilière…  Pas même le temps de prendre une photo, les parents arrivant dans deux semaines à 1000 km de là, il faut mettre la poignée dans le coin, ou plutôt faire fumer les mollets !

On grimpe d’abord à Vicuña, charmant village dans la vallée d’Elqui, connu pour abriter pas mal de bodegas de Pisco (l’alcool de raisin pour lequel  Péruviens et Chiliens se disputent l’origine) et aussi quelques productions de vin de qualité.  Sa tour-horloge en bois est originale !

José-Mari (un Basque) nous accueille pour une nuit et nous explique les caractéristiques de sa région d’adoption. Pas le temps de visiter les caves, ni les bâtiments historiques du village, encore moins ses musées ni ses observatoires astronomiques (tels Mamalluca) même si ce n’est pas l’envie qui manque… Nous sommes en effet dans l’endroit sur terre où le ciel est le plus pur ! Voilà pourquoi ces derniers poussent comme des champignons…

Plus haut, on se sent petit sur nos vélos car toute la vallée, relativement étroite, est couverte de pieds de vigne hauts (supérieurs à 2 m), qui remontent même assez haut sur les côtés ! La façon de cultiver la vigne est assez différente de chez nous. Surtout, ici, il semble qu’il faille la protéger à la fois des intrus (champs de vignes grillagés) mais surtout du vent avec nombre de filets géants.

Mais on se sent fort aussi car le puissant vent du Pacifique est pour une fois notre allié, tel une main géante qui nous pousse dans le dos sur ces pentes pour l’instant peu prononcées. Le soir, on trouve LA source d’eau potable au lieu-dit Las Terneras, car le rio qu’on remonte est pollué par une mine en amont. Grrr ! On commence à avoir l’habitude, hélas… On ne s’y est pas trompé, deux bergers descendus vendre leurs fromages dans la vallée y ont élu domicile pour la nuit, accompagnés de leurs amis en charge des ventes. Arturo et Esteban réalisent en effet un voyage tous les 15 jours, (8 heures de descente à cheval…) afin de livrer leur production réalisée pendant l’estive qui dure 4 mois à partir de décembre. Après un bout de soirée et d’asado chilien à leurs côtés, nous repartons avec un cadeau rond et odorant dans le sac à dos, offert par Marta et Victor… :-)

En fait, nous croiserons tout au long de la montée plusieurs bergeries plus ou moins informelles et à notre grande surprise, le fromage sera un de nos carburants principaux ! Histoire de mettre toutes les chances de notre côté, on ira même jusqu’à camper tout près du lieu de production alors qu’ on est déjà à plus de 3000 m d’altitude et que les jambes sont lourdes…

Une fois passée la frontière, on change de vallée pour retrouver de l’eau pure à volonté, et accessoirement des paysages plus sauvages au-dessus de cette grosse retenue d’eau, Embalse la Laguna,

où se confondent d’ailleurs dans le décor les bikettes et ma Bikette…

Pour ne pas me tromper de bikette assoiffée, j’ai une astuce : il y en a une qui fait parfois des flancs et les autres du fromage. ;-) Plus on monte, plus c’est coloré et plus ça nous plaît, même si la pente devient également plus raide…

Pour l’instant, c’est la plus belle étape de cette ascension : on se sent vraiment dans notre élément, la haute montagne en VTT, et à vrai dire, on ne sait plus trop où donner de la tête !

On approche enfin des grands glaciers dessinés sur notre carte, et bivouaquons au lieu-dit Los Corales (un peu au-dessus des 4000 m),

pour les avoir sous le nez au coucher du soleil tout en profitant du dernier plein d’eau pure avant l’assaut final le lendemain matin. Il est composé de moult lacets…

au début pas trop pentus…

puis qui se corsent sur la fin, justement quand le souffle devient plus court ! J’en profite au passage pour régler un vieux contentieux avec mon meilleur ennemi bolivien,

(voir article)… Pardonnez-moi cet écart !

Le vent nous (ac)cueille au col à 4775 m,

obligeant à repousser raisonnablement le casse-croûte de quelques kilomètres alors que l’estomac a déjà porté plainte depuis belle lurette pour « non assistance à viscère en danger… ». La descente côté argentin est hyper colorée,

mais on est quand même déçu de ne pas voir tous ces grands  glaciers dessinés sur la carte…

Un  chantier de dynamite nous oblige à monter le camp plus tôt que prévu entre des épineux, ça tombe bien le vent violent nous obligeait de toute façon à progresser à une vitesse ridicule et énergétiquement pas rentable.

Ne se laissant pas abattre, on se lance dans une soirée crêpes improvisée sur notre réchaud de camping, car en bons-vivants que nous sommes, nous ne manquons pas de fêter un sommet ou une grosse difficulté franchie tel ce col qui a nécessité 4 jours et demi de montée ! Pour le liquide, ça attendra le lendemain…

… où il nous faudra rattraper 6 jours sans bières ! ;-)

Gaston nous accueille en effet chaleureusement dans sa ferme-camping écologique, la Finca Alto Verde (voir lien) qui regorge de bons produits locaux. Un havre de paix au milieu du désert, sorte d’oasis où  il ferait bon se détendre une journée ou deux… mais hélas le timing est serré et la pampa argentine nous appelle !

Les pistes sont parmi les plus pourries qu’on ait empruntées,

(traduction : « Réparez la route, fils de … »), le décor lassant à souhait,

mais comme souvent dans des endroits reculés et pas touristiques, l’accueil est chaleureux ! On joue au chat et à la souris avec les orages, d’où cette nuit improvisée dans un commissariat à partager notre nourriture avec le flic le plus cool et imbibé que nous ayons rencontré jusque-là ! Il ne sera pas avare avec nous sur la cerveza. :-) Nous arrivons ensuite à Barréal…

après une quintuple crevaison simultanée sur la roue de la remorque de Flo (il y a des choses qui ne s’expliquent pas toujours…), réparée par miracle sous un déluge avec les 3 rustines restantes, afin de mettre le cap sur le Parc National Leoncito,

niché dans la pré-cordillère, léger détour sur l’axe parallèle à la route 40 que nous suivons. Le but étant d’éviter cette dernière, son trafic dangereux et ses lignes droites sans fin, quitte à squizzer la ville de San Juan. On espérait réaliser une observation astronomique dans un des observatoires du parc mais le mauvais temps en aura décidé autrement… :-(

Une jolie petite cascade, bien qu’un poil fraîche,

et un succulent asado partagé avec des étudiants argentins nous récompensera des efforts consentis pour grimper jusque-là.

Autre récompense : les autruches andines (ñandu, plus courtes sur pattes) qui ne se font pas prier pour être observées, même si  elles « roulent » plus vite que nous !

Deux jours et 230 km plus loin, nous débarquons avec joie dans cette belle ville de Mendoza : un brutal retour à la civilisation qui n’est pas pour nous déplaire après tant de pampa… on a bien mérité un peu de douceur de vivre (comprendre pâtisseries, glaces, bières artisanales et dîner un peu raffiné) !  Cette ville, bien que très très chaude en été, possède un nombre d’arbres (essentiellement des platanes) incroyable qui la rend hyper agréable. Nous atterrissons au parc San Martin, poumon vert de la ville qui n’a rien à envier à Central Park (New-York) ! Seul hic qui nous choque : on y circule plus facilement en voiture qu’à pieds… Ah ces Américains ! ;-)

Une liaison peu glorieuse sur l’autoroute urbaine nous permet dès le lendemain de nous mettre au vert à Rivadavia, dans la finca de Hugo, à une soixantaine de kilomètres de Mendoza, car la ville, ça va bien 5 minutes mais ce n’est pas trop notre truc, enfin surtout moi… Cet alpiniste chevronné, copain d’Olivier L., est aussi un gros vététiste et motard. Bref on a tout pour s’entendre ! Il réalisera notre introduction à la culture viticole locale, parfaite mise en bouche avant d’aller en bus (sans les vélos) rejoindre les parents à Santiago du Chili, de l’autre côté de la cordillère. On attendait leur visite depuis tellement longtemps ! Ouf, on est dans les temps, et sans tricher ! :-)

5 Responses to “Zigzags z’andins Acte III : Paso del Agua Negra, du pinard chilien au pinard argentin”

  1. alex 29/04/2013 06:38 #

    Waouh !!! je lis un peu en retard, mais qu’est ce que c’est chouette !
    Les photos avec ces bouts de glaçons hirsutes sont superbes …
    Bises

  2. VAGFX 13/03/2013 17:11 #

    Ça ressemble au fromage de chèvre qu on connaît celui que vous avez troqué a la ferme?

  3. BETO 11/03/2013 17:37 #

    FRANCK & FLO

    QUE BUENA FOOOOOTOOOOOS……Algun dia iremos tras sus pasos, me tienes que enviar los traks Franquito.

    Un abrazo y hasta siempre

    Bto

  4. Isa 09/03/2013 04:41 #

    Une revanche à prendre sur les pénitents ? Ils semblent t’avoir marqués… Cela dit, ces bandes qui viennent mourir en bord de route sont superbes (je parle d’esthétique, pas d’affrontement inhumain :-D )
    Et je suis d’accord avec Oliv, vous évoquez des soirées de retrouvailles entre pinard et fromage et on ne voit qu’une pauvre photo avec 3 bières… les autres seraoent-elles censurées ?
    Flo, promis, je te réponds par mail sous peu… tu ne peux pas savoir à quel point ces journées au rythme syncopé passent vite !!!
    Bizz

  5. Oliv 08/03/2013 14:26 #

    Eh c’est bien les photos d’aventure……mais où sont les photos de soirées, des bouteilles de vin etc ????

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